mercredi 30 novembre 2016

Côte d'Ivoire: une grainothèque pour préserver les semences des OGM

Un jeune ivoirien a mis en place une grainothèque à Sangouiné, une localité située dans la région du Tonkpi, dans l’ouest de la Côte d'Ivoire.

"Nous avons développé cette grainothèque au sein de la bibliothèque municipale de la ville, ce qui a permis de lui redonner vie, puisqu’elle était un peu boudée par les habitants. Un jeune agriculteur de la localité y tient une permanence le mercredi et le samedi, pour accueillir ses collègues.

Notre objectif principal est de préserver les semences locales, qui sont en péril en raison de l’industrialisation de l’agriculture. [Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, environ 75 % de la diversité des cultures a été perdue entre 1900 et 2000.] En Afrique, on utilise en effet de plus en plus de semences génétiquement modifiées, d’où une homogénéisation croissante des semences, ce qui appauvrit notre alimentation.

La Côte d’Ivoire n’a pas échappé à cette tendance, puisque le gouvernement a autorisé l’usage des OGM. Personne n’avait rien vu venir, car beaucoup d’agriculteurs sont illettrés et il n’existe pas d’organisations de consommateurs influentes dans notre pays, alors qu’il est important qu’ils aient le choix lorsqu’ils achètent de quoi se nourrir.

L’autre objectif de la grainothèque est de permettre aux agriculteurs d’utiliser des semences traditionnelles s’ils le veulent. Elles sont parfaitement reproductibles, alors que les agriculteurs utilisant des semences génétiquement modifiées sont souvent contraints d’en racheter tous les ans, ce qui crée une dépendance par rapport aux multinationales qui les commercialisent. De plus, les semences génétiquement modifiées sont toujours associées à l’utilisation d’une grande quantité de produits chimiques, ce qui dégrade souvent la santé des paysans et l’environnement.

Nous avons déjà une cinquantaine de variétés de semences locales sur place. Par exemple, nous avons des graines de mucuna : cette plante a longtemps été utilisée comme herbicide naturel, puisqu’elle peut étouffer toutes les autres plantes se trouvant autour d’elle jusqu’à une certaine hauteur. Nous avons aussi des semences de jatropha : quand on extrait l’huile de ses grains, elle peut ensuite être utilisée comme agrocarburant. Nous avons également du neem [ou margousier, NDLR], qui peut être utilisé comme fertilisant dans les potagers, du piment, du maïs, du gombo, de l’amarante…

Les agriculteurs souhaitant récupérer des graines doivent apporter une nouvelle variété de semences en échange, pour contribuer à enrichir la grainothèque. Et s’ils n’en ont pas, ils doivent faire l’effort de s’instruire sur place."




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