jeudi 1 mai 2008

Mai 68, les murs avaient la parole... (et les pavés aussi !!!)

"Cette fois aussi, c'était le temps des cerises.

La Commune de Paris allait être centenaire. On lavait toujours les façades. Les murs disponibles portaient blanc des uniformités sans âge; seule, ou presque, la Sorbonne restait noire. La rue, la rue alors ne voulait dire qu'embouteillages.
"Défense d'afficher" n'était pas encore un poème mais une loi d'un autre siècle. L'un des premiers, qui dynamita à la bombe de peinture, a pulvérisé en rouge "Interdit d'interdire": c'était attaquer la forteresse au badigeon et, en coloriant le mur, vouloir faire tomber les murs...

Le graffiti en soi devenait liberté. Et combien de sincères ont écrit
"Je n'ai rien à écrire": ils n'étaient pas naïfs, ils ont crié pour se sentir "avec"...

Mais ces cris, au clou sur la craie, à la chaux sur le parpaing et à l'encre sur le papier, niant la politique, contestant la philosophie, l'esthétique, la poésie, ont créé. Forum vertical, démocratie de la rature: les rajouts, les réponses, instituaient un dialogue...


Julien Besançon
(extraits de son introduction au livre "Les murs ont la parole" édité chez Tchou en juin 68)