samedi 31 mai 2008

Dany Cohn-Bendit: "68" héritage insaisissable ?

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Evidemment, certains n'ont jamais réussi à surmonter la fin de l'extase de ces 5 semaines de folie et d'allégresse tandis que d'autres attendent toujours que "68" réussisse pour culminer dans on ne sait quel "grand soir".
J'ai pour ma part assumé depuis longtemps et sans nostalgie le "principe de réalité" sans pour autant minimiser l'ampleur de ce qui s'est produit. Car 68 fut bel et bien une révolte charnière entre deux époques. Ce moment a fonctionné comme une fêlure dans le carcan du conservatisme et des pensées totalitaires pour laisser s'exprimer le désir d'autonomie et de liberté tant individuelles que collectives. Culturellement, nous avons gagné.
Alors, revisiter 68... Oui mais pour le comprendre, en saisir la portée et en prélever ce qui continue de faire sens aujourd'hui. Savoir que 23 ans après la guerre, une France multicolore a pu manifester contre mon expulsion en s'écriant "nous sommes tous des juifs allemands", nous force à réfléchir.
Mais cette opération n'autorise aucune comparaison hâtive et encore moins l'assimilation du moindre soubresaut contestataire à 68. En 40 ans, le contexte a radicalement changé. Le monde de la guerre froide s'est éteint tout comme les écoles et usines aux allures de "casernes", les structures syndicales autoritaires, l'opprobre couvrant les homosexuels, l'obligation pour les femmes d'obtenir l'autorisation de leur mari afin de travailler ou d'ouvrir un compte bancaire, ...
En lieu et place de ce monde, c'est un monde multilatéral que l'on retrouve avec le sida, le chômage, les crises énergétique et climatique, etc. Laissons donc aux nouvelles générations le soin de définir leurs propres batailles et désirs.
Lever le rideau sur 68, c'est aussi démasquer l'imposture qui voudrait l'associer à tous les maux de ce monde. Pour avoir écrit sur les murs "il est interdit d'interdire", la génération 68 serait responsable de la violence dans les banlieues, de l'individualisme exacerbé, de la crise de l'enseignement, des "parachutes dorés", du déclin de l'autorité et, tant qu'on y est, pourquoi pas du réchauffement de la planète! Certains espèrent sans doute pouvoir ainsi se dédouaner d'expliquer les problèmes d'aujourd'hui. Mais comment ne pas interpréter cette échappatoire en termes de sabotage d'une modernisation de l'expression et des schèmes politiques, sans parler de l'espace du débat rationnel qui se retrouve par là complètement plombé?
source: le site de Dany